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Méthode · 2025

Scope 3 et supply chain : la collecte fournisseurs
pour une ETI marocaine

11 min de lecture
Mai 2025
Par l'équipe Sustaincarbon

Pourquoi le Scope 3 fait souvent 70-90% du bilan

Le Scope 3 rassemble toutes les émissions indirectes de votre chaîne de valeur, hors énergie achetée (qui relève du Scope 2). Achats de biens et services, transport amont et aval, déplacements, fin de vie produit, investissements : ce sont les émissions que l'entreprise déclenche sans les émettre directement.

Pour la grande majorité des ETI, ces émissions indirectes représentent 70 à 90% du bilan carbone total, et souvent plus de 90% pour les acteurs de la distribution, des services financiers ou des marques de consommation. Travailler son bilan carbone sans piloter le Scope 3, c'est se priver de l'essentiel des leviers de réduction.

L'enjeu pour une ETI marocaine

Vos clients européens vous demandent déjà la donnée Scope 3 — directement, ou via leurs propres exigences CSRD et MACF. Sans cette donnée, vous risquez d'être déréférencé d'appels d'offres, ou de subir le taux par défaut européen. C'est désormais un sujet commercial avant d'être un sujet RSE.

70-90%
Part typique du Scope 3 dans le bilan carbone
15
Catégories GHG Protocol Scope 3
20-35%
Taux de réponse moyen 1ère collecte fournisseurs

Les 15 catégories du GHG Protocol

Le GHG Protocol Corporate Value Chain (Scope 3) Standard structure le Scope 3 en 15 catégories distinctes : 8 en amont (upstream) et 7 en aval (downstream). Toutes ne sont pas matérielles pour toutes les entreprises — l'intérêt est d'identifier les catégories qui pèsent vraiment dans votre bilan.

Cat.NomExemple ETIMatérialité moyenne
1Achats de biens & servicesMatières premières, prestataires, ITTrès matériel
2Biens d'équipementMachines, véhicules, bâtiments construitsMatériel
3Activités liées énergie (hors S1/S2)Pertes réseau, amont fioul/gazSecondaire
4Transport & distribution amontFret matières premières, import composantsTrès matériel
5Déchets générés en opérationsDéchets industriels, DIB, effluentsSecondaire
6Déplacements professionnelsAvion, train, hôtel collaborateursMatériel
7Déplacements domicile-travailVoiture salariés, transports en communMatériel
8Actifs en leasing amontLocaux loués, véhicules en locationSecondaire
9Transport & distribution avalFret produits finis vers clientsMatériel
10Transformation des produits vendusProduits intermédiaires transformésSecondaire
11Utilisation des produits vendusÉnergie consommée par produit en usageTrès matériel
12Fin de vie des produits vendusRecyclage, incinération, mise en déchargeMatériel
13Actifs en leasing avalActifs loués à des tiersSecondaire
14FranchisesÉmissions des franchisésSecondaire
15InvestissementsParticipations, prêts, actifs financiersMatériel (finance)

La matérialité dépend du modèle d'affaires. Pour un industriel manufacturier, ce sont les catégories 1, 4 et 12 qui dominent. Pour un fabricant de produits énergivores (chauffage, climatisation, électronique), la catégorie 11 peut représenter à elle seule plus de la moitié du bilan.

Méthode monétaire vs physique vs hybride

Trois approches existent pour calculer le Scope 3. Comprendre leurs forces et limites est crucial avant de lancer la collecte — choisir la mauvaise méthode pour la bonne catégorie est la première cause d'échec d'un bilan Scope 3.

Méthode monétaire

Multiplier les dépenses (€ ou MAD) par catégorie d'achat par des facteurs d'émission monétaires (kgCO₂e/€). Sources : Base Carbone ADEME, EXIOBASE, NACRES. Avantage : rapide, exhaustif, exploitable avec uniquement la comptabilité. Limite : peu précis, ne reflète pas les efforts spécifiques d'un fournisseur.

Méthode physique

Multiplier les quantités physiques (kg de matière, kWh d'énergie, km de fret) par des facteurs d'émission physiques. Sources : Base Carbone, ecoinvent, Defra. Avantage : précision élevée, traçabilité par produit. Limite : collecte lourde, accès difficile aux données fournisseurs.

Méthode hybride

Démarrer en monétaire sur l'ensemble du périmètre, identifier les hot-spots (catégories qui pèsent > 5-10% du bilan), puis basculer en physique uniquement sur ces hot-spots. C'est la méthode recommandée pour 9 ETI sur 10.

Pourquoi commencer en monétaire est la bonne décision

La méthode monétaire vous donne un premier bilan complet en quelques semaines, sans dépendre de la disponibilité des données fournisseurs. Vous identifiez immédiatement les 3-4 catégories qui concentrent l'essentiel du bilan, et vous concentrez vos ressources de collecte là où ça compte vraiment. Tenter le 100% physique en année 1 mène quasi systématiquement à un bilan inachevé.

L'erreur du 100% physique en année 1

Vouloir collecter de la donnée physique sur l'ensemble des fournisseurs dès la première année est l'erreur la plus fréquente. Résultat : 6-12 mois de collecte, un taux de réponse fournisseurs de 15-25%, et un bilan partiel qui ne couvre que 40% du périmètre. Visez la couverture exhaustive en monétaire d'abord, le raffinement physique ensuite.

Comment collecter la donnée fournisseurs au Maroc

La collecte Scope 3 au Maroc présente une spécificité : la maturité carbone des fournisseurs locaux est encore faible. Très peu disposent d'un bilan carbone formel, et la plupart découvrent les notions de facteur d'émission ou de Scope 1-2-3. La pédagogie devient un livrable autant que la collecte elle-même.

Outils de collecte disponibles

  • Questionnaires Excel : simples, peu coûteux, mais difficiles à consolider et à mettre à jour. Adaptés à un démarrage avec un nombre restreint de fournisseurs.
  • Plateformes EcoVadis : standard international, mais peu utilisé par les fournisseurs marocains hors grands groupes industriels.
  • CDP Supply Chain : pertinent pour les grands fournisseurs internationaux, mais lourd pour des PME marocaines.
  • Plateformes carbone dédiées (SustainCarbon, Greenly Supplier, etc.) : offrent des espaces fournisseur structurés avec questionnaires guidés et calculs automatiques.

Taux de réponse réaliste

Sur une première campagne de collecte en ETI marocaine, comptez un taux de réponse de 20 à 35%. Ce taux peut grimper à 50-60% dès la deuxième année, à condition d'investir dans l'accompagnement des fournisseurs prioritaires. La donnée manquante doit être complétée par défaut avec des facteurs d'émission moyens du secteur.

La pédagogie est un livrable

Au Maroc, vos fournisseurs PME n'ont souvent jamais entendu parler de bilan carbone. Prévoyez des fiches d'aide en français et arabe, organisez des webinaires de 30 minutes, désignez un référent par compte. Les ETI qui réussissent leur Scope 3 sont celles qui considèrent leurs fournisseurs comme des partenaires à former, pas comme des sources de données à interroger.

Audit Scope 3 ETI marocaine en 4 semaines

Cartographie achats, baseline monétaire complète, identification des hot-spots, plan de collecte fournisseurs priorisé. Klem IA accélère l'audit et la rédaction des questionnaires.

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Les 5 pièges fréquents pour une ETI

Cinq erreurs reviennent quasi systématiquement dans les premiers bilans Scope 3 d'ETI. Les anticiper évite 3 à 6 mois de retard.

1. Vouloir tout mesurer en physique dès le départ

Comme vu plus haut, c'est la cause numéro un d'échec. La méthode hybride — monétaire d'abord, physique sur les hot-spots — est la seule pragmatique en année 1.

2. Ne pas définir le périmètre à l'avance

Sans cadrage écrit des catégories incluses, des seuils de matérialité, et des règles d'inclusion/exclusion, le bilan dérive. Définissez le périmètre avant la collecte, pas pendant.

3. Ignorer les biens d'équipement (catégorie 2)

La catégorie 2 (biens d'équipement) est souvent oubliée car non récurrente. Pourtant, elle peut peser 5 à 15% du bilan, surtout en année d'investissement industriel. Amortir les émissions sur la durée de vie de l'actif.

4. Confondre transport amont (cat. 4) et aval (cat. 9)

Le transport amont (cat. 4) couvre les flux que vous payez : matières premières, composants importés. Le transport aval (cat. 9) couvre les flux que vos clients ou distributeurs paient. La règle de répartition est le payeur, pas la direction du flux.

5. Oublier la fin de vie produit (catégorie 12)

Pour un industriel, la fin de vie représente souvent 5-20% du bilan, surtout sur des produits incinérés ou non recyclables. Ne pas l'inclure fausse la priorisation des actions de réduction (éco-conception, économie circulaire).

Priorisation par matérialité sectorielle

Toutes les ETI n'ont pas les mêmes catégories prioritaires. Voici la matrice de priorisation par grand secteur — à adapter à votre modèle d'affaires.

Secteur ETICatégories prioritairesMéthode recommandée
Industrie manufacturièreCat. 1 (achats), 4 (transport amont), 12 (fin de vie)Hybride dès an 1
Distribution & retailCat. 1 (achats), 4 (transport amont), 11 (utilisation produit)Hybride + cat. 11 physique
Services & conseilCat. 1 (prestations), 6 (déplacements pro), 7 (domicile-travail)Monétaire + enquête RH
AgroalimentaireCat. 1 (matières agricoles), 4 (transport amont), 12 (fin de vie emballages)Hybride + LCA produits
BTP & constructionCat. 1 (matériaux), 2 (équipements), 4 (transport chantier)Hybride + FDES matériaux

Cette matrice fournit un point de départ. La validation passe par un screening monétaire complet en début de bilan : si une catégorie inattendue apparaît dans le top 5, il faut l'intégrer dans la collecte ciblée.

Le processus de bout en bout

Étape 1 — Semaine 1
Définir le périmètre
Choisir les 15 catégories incluses, fixer les seuils de matérialité, valider l'année de référence et les filiales couvertes. Cadrage écrit signé par la direction.
Étape 2 — Semaines 2-3
Cartographie des achats
Extraction de la balance générale et des comptes 60-62, classification par catégorie GHG Protocol, mapping fournisseurs / catégories d'achat NACRES.
Étape 3 — Semaines 3-5
Méthode monétaire baseline
Application des facteurs d'émission monétaires (Base Carbone, EXIOBASE) sur 100% du périmètre. Premier bilan Scope 3 complet, identification des hot-spots.
Étape 4 — Mois 2-4
Collecte ciblée hot-spots
Questionnaires fournisseurs sur les 20-50 fournisseurs représentant 80% des dépenses des catégories matérielles. Pédagogie, accompagnement, relances.
Étape 5 — Mois 4-6
Plan d'action fournisseurs
Substitution des facteurs monétaires par les facteurs physiques collectés, plan de réduction par fournisseur prioritaire, KPI annuels, intégration dans la politique achats.

Klem IA et l'audit fournisseurs

Le Scope 3 est le terrain naturel de l'IA carbone : matching automatique des libellés comptables vers les catégories GHG Protocol, application des facteurs d'émission, détection des doublons et des incohérences fournisseurs. C'est précisément ce que Klem IA, l'agent intégré à SustainCarbon, automatise.

Concrètement, Klem ingère votre balance générale, classe les lignes par catégorie Scope 3, applique les facteurs monétaires Base Carbone, et identifie les hot-spots fournisseurs. Pour chacun, il génère un questionnaire personnalisé en français ou arabe, suit les relances, et consolide les réponses dans le bilan final. L'audit fournisseurs qui prenait 4-6 mois passe à 6-8 semaines.

Pour les ETI marocaines confrontées à la double pression CSRD (clients européens) et MACF (taxe carbone aux frontières), disposer d'un bilan Scope 3 défendable n'est plus une option — c'est une condition d'accès aux marchés. SustainCarbon fournit la donnée, Klem accélère la collecte, et nos consultants à Casablanca accompagnent la pédagogie fournisseurs locale.

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