La crédibilité d'un bilan carbone se joue sur la source de ses facteurs d'émission. Au Maroc, la base de la Fondation Mohammed VI prime, et les bases internationales ne viennent qu'à défaut. Voici l'ordre à respecter, et pourquoi il devient critique avec le MACF.
Quels facteurs d'émission utiliser au Maroc ?
Une entreprise marocaine qui lance son bilan carbone bute vite sur un point technique qui décide de la crédibilité de tout le reste : quels facteurs d'émission utiliser ? Prendre un facteur européen pour de l'électricité consommée à Casablanca, c'est calculer une empreinte qui n'est pas la vôtre. Et face à un auditeur ou à un donneur d'ordre européen, la source du facteur est la première chose vérifiée.
La base de référence marocaine
L'outil Bilan Carbone Maroc est développé par la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l'Environnement depuis 2012, et il a été entièrement réactualisé en 2022. C'est l'adaptation de la méthode Bilan Carbone au contexte national.
Il repose sur une base d'environ 350 facteurs d'émission, dont près de 60 % sont adaptés au contexte marocain. C'est cette proportion qui fait la différence : elle couvre les postes où le Maroc s'écarte le plus des moyennes européennes, à commencer par le mix électrique national.
Dans quel ordre choisir ses sources ?
La règle admise dans le cadre marocain est un ordre, pas un choix libre :
- La base de la Fondation Mohammed VI en priorité, dès qu'un facteur y existe.
- À défaut seulement, une base internationale largement reconnue : les facteurs du GIEC, la Base Carbone, les outils du GHG Protocol ou les bases DEFRA.
Cet ordre a une conséquence pratique que beaucoup découvrent tard : un bilan entièrement calculé sur des facteurs européens, alors que des facteurs marocains existaient, est contestable. Ce n'est pas une question de précision décimale, c'est une question de justification.
Pourquoi cela devient critique avec le MACF
Le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières impose aux exportateurs de déclarer des émissions vérifiables. Sans données certifiées, le taux par défaut européen s'applique, et il est rarement favorable.
Un facteur mal choisi produit donc deux risques distincts : une empreinte fausse, et une déclaration que l'importateur européen ne pourra pas défendre. La traçabilité de la source devient aussi importante que le résultat.
Le rôle de la coopération allemande et du 4C Maroc
La GIZ, l'agence de coopération allemande, intervient au Maroc sur la gouvernance climatique et les systèmes de mesure, notification et vérification (MRV), dans le cadre d'une coopération financée par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement et par l'Union européenne, en appui au ministère de la Transition énergétique et du Développement durable.
C'est dans ce cadre qu'a été créé le Centre de compétences Changement climatique, dit 4C Maroc, qui rassemble et diffuse les bonnes pratiques, et développe des instruments de gestion des connaissances : bases de données climatiques, indicateurs de vulnérabilité, suivi des émissions de gaz à effet de serre.
L'un des axes de ce travail avec les acteurs nationaux porte précisément sur l'usage de l'outil de bilan carbone et sur la certification conforme aux standards européens, afin de répondre aux exigences du MACF.
Ce que cela change dans votre calcul
Trois réflexes suffisent à sécuriser un bilan :
- Documenter la source de chaque facteur, poste par poste. Un bilan sans traçabilité des facteurs n'est pas auditable.
- Vérifier d'abord l'existence d'un facteur marocain avant d'aller chercher ailleurs, en particulier sur l'énergie et le transport.
- Conserver la version de la base utilisée. Les facteurs évoluent, et un bilan comparé d'une année sur l'autre avec deux versions différentes crée un écart qui n'a rien à voir avec vos efforts de réduction.
SustainCarbon applique cet ordre de priorité automatiquement et conserve la source de chaque facteur dans le rapport, pour que la question ne se pose plus au moment de l'audit.